De la création de la possibilité de l’enquête à l’engagement ethnographique

Entretien avec Olivier Schwartz

  • Olivier Schwartz Professeur émérite de sociologie, Université de Paris
  • Agnès Aubry Doctorante et assistante diplômée au Centre de Recherche sur l’Action Politique de l’Université de Lausanne (CRAPUL)
  • Morgane Kuehni Professeure à la Haute école de travail social et de la santé de Lausanne HES·SO | HETSL
  • Laure Scalambrin Collaboratrice de recherche au Service de la recherche en éducation (SRED), Département de l'Instruction publique de la Formation et de la Jeunesse, Canton de Genève

Résumé

Les thématiques abordées dans l’entretien sont multiples et s’entremêlent en partie. Nous pouvons néanmoins en dégager quelques-unes. Après avoir exposé sa manière de comprendre le « cambouis » dans lequel tout ethnographe plonge ses mains (mais aussi sa tête et son cœur…), Olivier Schwartz revient sur les modalités distinctes d’entrée sur ses terrains d’enquête : alors qu’il mène une enquête que l’on pourrait qualifier d’« incognito » (Dargère, 2012) dans le Nord, auprès d’hommes et de femmes qui sont ses voisin·e·s, il se présente comme un sociologue universitaire à la RATP. L’accès aux conducteurs et conductrices de bus de la région parisienne fait l’objet de nombreuses petites négociations en cascade, du haut vers le bas de la chaîne hiérarchique. Bien que ces deux enquêtes aient cours sur une temporalité longue, les pratiques de (non) négociation mises en œuvre par Olivier Schwartz diffèrent fortement et sont en partie liées aux rôles endossés sur chacun des terrains. Après avoir discuté des tenants et aboutissants « pratiques », mais aussi épistémologiques, de ses manières différenciées d’enquêter, il raconte très concrètement la façon dont il se présente et présente son travail, soulignant la part « d’inventivité » dont doit faire preuve l’ethnographe pour faire face aux imprévus ou aux lacunes inhérents à ce type de démarche. Il évoque la place centrale du statut de la parole dans ses enquêtes et aborde la question relativement peu débattue dans les arènes académiques des affects et des émotions dans la relation d’enquête, des raisons de ses insatisfactions, mais aussi de ses tourments et sentiments de culpabilité. Ces affects, loin d’être des parasites à la démarche d’enquête, sont au contraire de précieux « baromètres » pour résoudre certains dilemmes éthiques qui surviennent, notamment, au moment de négocier la sortie du terrain et de restituer les résultats de l’enquête. Il insiste sur l’importance de débattre collectivement de ces questions et affirme que sans « l’authentique souci des enquêté-e-s », la démarche ethnographique ne fait aucun sens.

Publiée
2021-05-30
Numéro
Rubrique
Négocier un terrain d'enquête